L’éducation sexuelle au Cameroun

Dans les sociétés traditionnelles

Dans les sociétés traditionnelles africaines, le sexe est un sujet tabou, on n’en parle pas, sauf de façon voilée ou dans des cadres et situations précises. L’organisation sociale et spatiale présente distinctement les espaces de vie et les activités des hommes et des femmes. Il est souvent difficile de matérialiser le lieu et le moment ou se déroule l’activité sexuelle. La communication entre les personnes sur le sexe, qu’elle soit verbale ou non verbale est quasi inexistante. Lorsqu’elle existe, elle est  faite de sous entendus, de paraboles, de figures de styles, de gestes et mimiques, de mots d’emprunts sont utilisés à la place de ceux qui désignent directement le sexe.

Dans certaines communautés, les rites d’initiation sont également des formes de passage à l’adolescence, un changement dans son cycle de vie, une phase d’initiation à la masculinité et à la féminité selon le sexe, en même temps qu’ils sont considérés comme des rites de puberté et d’acquisition de savoirs et de pouvoirs de la société sur la fécondité. Il s’agit de l’éducation sexuelle traditionnelle.

Les lieux de culte

Dans les églises et mosquées, l’éducation sexuelle se fait autour du développement d’une pensée religieuse fondée sur l’abstinence sexuelle et la fidélité. Cette forme d’éducation sexuelle a fait ses preuves dans l’encadrement des jeunes et des familles mais s’est vu cependant limitée lorsqu’il a été démontré que  les IST/VIH/SIDA ne se transmettent pas seulement par les rapports sexuels. Compte tenu du fait que les populations sont de plus en plus exposées, cette forme d’éducation sexuelle est renforcée par la sensibilisation à l’intérieur de groupes restreints et autres associations en vue de répondre aux problèmes des fidèles.

Au sein de la famille

La famille est la cellule de base de la société et c’est le premier lieu de socialisation de l’enfant. C’est dans la famille que l’enfant fait ses premiers pas et balbutie ses premiers mots pour la construction de sa personnalité en vue des échanges avec autrui. Des échanges sains, équilibrés et adaptés entre les parents favorisent le développement psychique et émotionnel de l’enfant des l’âge préscolaire par un processus d’intériorisation, d’imitation et de reproduction de pratiques et habitudes familiales positives ou négatives relativement à la sexualité.

Selon l’enquête sur les connaissances et opinions des adolescents sur la sante sexuelle en milieu scolaire dans la ville de Yaoundé, réalisée par le BUCREP en janvier 2015, auprès des élèves dont l’âge varie entre 15-19 ans, la majorité pense que leurs parents seraient favorables à l’enseignement de l’éducation sexuelle à l’école. Ce qui de nos jours témoigne d’une prise de conscience de l’importance de l’éducation sexuelle dans les familles.

Dans les écoles

Considérée comme l’un des lieux importants de socialisation de l’enfant, l’école offre l’occasion d’un encadrement progressif de l’enfant par des objectifs pédagogiques appropriés sur l’éducation sexuelle et reposant sur les étapes de son développement psychoaffectif. Le passage à l’adolescence est ainsi encadré, le jeune acquiert ainsi des connaissances sur sa santé sexuelle et reproductive et s’adapte de façon plus naturelle et positive aux transformations physiques et psychologiques liées à son nouveau statut d’adolescent et à sa future vie adulte.

Selon la même enquête, l’éducation sexuelle est une réalité dans les établissements scolaires. Près de 80 pr cent des élèves enquêtés ont déjà suivi des enseignements sur l'éducation sexuelle tandis que près de 24,9 pr cent ont cité l’école comme la principale source d’acquisition des connaissances en matière de santé sexuelle et reproductive.

Dans les médias

L’éducation sexuelle à travers les médias se fait par le biais de programmes et émissions, spécifiques et ciblées qui concourent à l’adoption par les jeunes et les enfants de comportements sains. Dans le cadre de la communication de masse, elle se fait par la diffusion de messages et d’images d’alerte et de sensibilisation sur les risques liés aux pratiques sexuelles néfastes à la sante des jeunes, des femmes et des familles. Cependant, le faible contrôle sur les activités de certaines chaines nationales et internationales fait des médias un outil de dépravation des mœurs et d’importation de pratiques sexuelles déviantes et outrancières, inadaptées et prohibées par les textes et lois en vigueur. D’ou l’importance du contrôle parental.

La nécessité de l’éducation sexuelle et reproductive

Pour les élèves enquêtés les raisons évoquées et qui militent en faveur de l’éducation sexuelle tournent autour de la prévention des IST/VIH/SIDA et la lutte contre les grossesses précoces et non désirées, tandis que près de 67,2 pr cent souhaitent l’éducation sexuelle et reproductive qui préconise uniquement l’abstinence.

Même si on aimerait que les jeunes soient abstinents jusqu’à leur mariage, la réalité dans notre pays est différente. Les filles et les garçons commencent précocement leurs rapports sexuels. Les résultats de l’enquête démontrent qu’ils entament l’activité sexuelle avec leur consentement et de façon protégée, a un âge moyen de 15 ans. Cependant, 5,8 pr cent d’élèves déclarent avoir déjà eu une IST tandis que 24 pr cent ont reconnu avoir eu des grossesses non désirées. Parmi ces grossesses, seules 46,7 pr cent se sont soldées par des naissances vivantes, 33,3 pr cent par un avortement et 20 pr cent par une fausse couche.

Les chiffres alarmants parlent d’elles-mêmes. Vu l’intérêt manifeste des jeunes pour l’abstinence sexuelle, le rôle de la communauté toute entière (jeunes, adultes, parents, encadreurs des jeunes, autorités etc.) est de se mobiliser pour y remédier d’abord par l’appropriation adéquate et par les jeunes de certains concepts et expressions. Cela signifie aussi que nous pouvons bien expliquer les termes suivants :

L’abstinence sexuelle ?

S’abstenir des rapports sexuels veut dire qu’on évite les problèmes liés aux grossesses non désirées, aux infections sexuellement transmissibles et même au VIH/SIDA. Si tu ne peux pas en tout cas supporter le désir d’avoir des rapports sexuels, tu dois te protéger contre la grossesse et les infections en utilisant un préservatif.

L’abstinence sexuelle est parfaitement sans danger. Ce n'est pas vrai que l’abstinence sexuelle est la cause des boutons ou des problèmes psychologiques ou des douleurs au niveau des parties intimes. Il n'y a aucun problème de santé si tu t’abstiens du sexe pendant longtemps, même si tu attends longtemps avant d’avoir des rapports sexuels pour la première fois.

C’est quoi un rapport sexuel ?

C’est lorsque deux partenaires ou deux personnes de sexes opposés ont un accouplement. Lorsqu’ils s’aiment, se respectent mutuellement, qu’ils sont physiquement et mentalement prêts, ils éprouvent le désir l’un de l’autre et s’attirent physiquement. Lorsqu’ il n’est pas consenti, il s’agit d’un viol ou d’un abus sexuel.

Le rapport sexuel consenti est ponctué de phases dont les préliminaires ou de préparation du partenaire. Il faut prendre du temps pour se caresser, pour se parler, pour s’exciter ; la phase de pénétration, par de mouvements réguliers et orientés des deux partenaires, l’excitation arrive a son comble et ils pourront atteindre l’orgasme. Dernière phase qui est celle de la jouissance qui peut être simultanée ou décalée.

L’atteinte ou non de l’orgasme dépend de la manière dont vous allez faire l’amour. Vous devrez vous assurer que vous avez convenu de la manière de faire l’amour qui vous semble pouvoir vous donner mutuellement satisfaction. Contrairement aux garçons, les filles n'éjaculent pas quand elles ont un orgasme mais elles arrivent à la jouissance par l’excitation de certaines parties de leur corps (seins, clitoris, vagin etc.).

Il est important pour les hommes d’identifier cet organe et précisément le point G afin que l’homme puisse garantir une satisfaction à la femme au terme de l’acte sexuel. Que ce soit lors de la jouissance chez les filles ou de l’éjaculation chez les garçons, les deux libèrent des secrétions à partir de leurs organes sexuels, qui se vivent comme une délivrance, un soulagement aboutissant à leur épanouissement sexuel que mental.

Comme ce signe de l’orgasme est facilement visible, les gens ont tendance à penser que seuls les hommes peuvent avoir l’orgasme durant les rapports sexuels. Mais ce n'est pas vrai. Beaucoup de garçons pensent que la tâche de la fille était seulement de satisfaire les désirs du garçon, si bien que les filles ne sont pas satisfaites lors des rapports sexuels. Cela ne doit pas être le cas. Les rapports sexuels sont plus agréables si les deux partenaires essaient de se satisfaire l’un et l’autre.

Quelles sont les problèmes d’éjaculation que vous pouvez rencontrer ?

Le problème d’éjaculation précoce, c’est lorsque l’orgasme survient avant même que les partenaires aient pris le plaisir des préliminaires. Ce qui débouche sur l’insatisfaction. Parfois, le garçon ne peut pas éjaculer durant les rapports sexuels. Cela peut être causé par des raisons différentes. Ejaculer, demande beaucoup d’énergie. Par conséquent, tout ce qui réduit l'énergie physique d'un garçon, comme par exemple la maladie, l’ivrognerie, la drogue ou la faim peuvent empêcher le garçon d'éjaculer correctement. Par exemple, si l’alcoolisme ou le tabagisme est la raison de l’incapacité d’éjaculer, la personne devrait essayer d’arrêter de boire ou de fumer. D’autres raisons significatives pour l’incapacité à éjaculer sont le manque de désir pour faire l’amour ou si on n’est pas amoureux.

En ce qui concerne les filles, il y a plusieurs raisons pour lesquelles elles ne parviennent pas à jouir lors d’un rapport sexuel. Mais souvent, cela est causé par l’insuffisance des préliminaires sexuels, l’empressement à faire l’amour ou la peur ou l’angoisse liées aux conséquences éventuelles. Avoir peur de devenir enceinte signifie, par exemple, qu’on n’est pas prêt pour les rapports sexuels et cela peut empêcher la jouissance. La jouissance peut entrainer des cris, des pleurs ou une réaction physique de la part de la jeune fille.

Quand une fille pleure au moment d'un rapport sexuel, cela peut avoir plusieurs raisons qui sont: des douleurs qui peuvent arriver surtout quand la fille n'est pas prête à avoir des rapports sexuels, quand elle est trop jeune, quand elle est forcée de faire l'amour. Mais aussi lorsque la fille n’est pas excitée et par conséquent son vagin ne produit pas assez de liquide nécessaire pour des rapports sexuels satisfaisants ou encore si elle a une infection au niveau de ses organes génitaux. Une autre raison c’est que certaines filles pleurent de joie parce qu`elles sont très excitées et heureuses.

C’est quoi un avortement ?

La survenue d’une grossesse à l’adolescence est présentée comme un fait préoccupant, notamment parce qu’environ la moitié de ces grossesses se terminent par une interruption volontaire de grossesse (IVG). Une grossesse précoce et ou non désirée est très souvent la panique car ce n’était pas prévu, alors les jeunes en général et les jeunes filles principalement choisissent l’avortement pour sortir de cette situations inattendue. Entendu comme une interruption du processus d’une grossesse avant son terme, l’avortement peut être spontané ce qui désigne une fausse couche, ou volontaire sans raison médicale apparente.

Plusieurs raisons se trouvent souvent à l’origine de cette décision : peur des parents, abandon du partenaire, peur d’arrêter ses études, absences de moyens financiers... Cette situation pousse souvent la jeune fille à rechercher un soutien à l’extérieur. Généralement, elle va être conseillée par une amie ou par le « docta » de la rue. Les produits utilisés pour avorter (écorces d’arbres, potion à boire, purges etc) relèvent de l’imagination de ces charlatans de rue qui, sans compétence technique reconnue et fiable, mettent la santé de la fille en danger.

D’autres filles préfèrent la consultation chez un jeune étudiant de la faculté de médecine ou dans un centre de santé non agrée contre forte récompense. Il est important de regarder la réalité en face et de constater que ces avortements clandestins, au-delà des sanctions prévues par le code pénal camerounais, mettent en péril la vie de la jeune fille tant sur le plan physique que sur le plan psychologique. A la suite d’un rapport sexuel non protégé et considéré à risque, la jeune fille peut se faire prescrire dans les délais impartis la pilule du lendemain afin de la mettre à l’abri d’un avortement avec les conséquences ci-après :

Sur le plan physique :

L’avortement peut entraîner de graves lésions au niveau de l’utérus de la fille ce qui pourra engendrer une infertilité plus tard. Il est aussi à l’origine de plusieurs infections vaginales dues à l’utilisation d’un mauvais matériel. Les fausses couches et les grossesses extra utérines ne sont pas en reste. Autre danger et pas des moindres, c’est le risque du décès de la mère très souvent causé par des hémorragies sévères. Il faut par ailleurs noter que les complications liées à l’avortement provoqué et fait dans de mauvaises conditions nécessitent également de longues durées d’hospitalisation, des transfusions sanguines, des interventions chirurgicales ce qui demande encore d’énormes moyens financiers.

Sur le plan psychologique :

L’on entre dans un champ de remords, après avoir eu l’impression d’être libérée, on passe ainsi d’un sentiment de soulagement à celui de culpabilité et là on n’est pas sorti de l’auberge. La jeune fille est en proie à d’énormes regrets, à la perte de l’estime en elle, aux cauchemars, à la dépression, aux insomnies, à la détresse dans les cas les plus extrêmes au suicide. Ces troubles émotionnels s’apparentent à un traumatisme et peuvent durer plusieurs années tant que le deuil de l’enfant avorté n’est pas totalement fait par la fille. C’est le poids de la conscience !

Certes il peut arriver qu’on soit déboussolé lorsque la nouvelle nous tombe dessus comme un coup de massue que l’on attend un enfant alors qu’on n’était pas prêt(e) et que l’avortement nous semble la solution idéale, mais il serait préférable d’examiner toute la question avant de s’y lancer et d’évaluer si cela vaut le coût de risquer notre vie ou la vie de sa petite amie. Ainsi en tant que jeune l’on ne devrait pas oublier qu’à chaque rapport sexuel non protégé, il y’a de fortes chances de se retrouver avec un enfant entre les mains. Il faut prendre la bonne décision, celle de se protéger en utilisant un contraception. D’ou l’intérêt de s’informer sur le planning familial et les différentes méthodes contraceptives qui existent.