Lutte contre les mutilations génitales féminin

Qu’entend-on par mutilations génitales féminines (MGF)?

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les mutilations génitales féminines recouvrent toutes les interventions incluant l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme et/ou  la lésion des organes génitaux féminins pour des raisons culturelles ou toute autre raison non thérapeutique.

Dans quelles localités sévissent les mutilations génitales féminines au Cameroun ?

Elles sévissent principalement dans les Régions de l’Extrême-Nord (départements du Logone et Chari et du Mayo Sava), et du Sud – Ouest (département de la Manyu), et dans les grandes agglomérations de notre pays. Les enquêtes les plus récentes montrent que, le taux de prévalence du phénomène à l’échelle nationale est de l’ordre de 1,4%, et de 20% dans les zones foyers.

Pourquoi pratique t'on les mutilations génitales féminines ?

Les mutilations génitales féminines sont considérées par les communautés qui les pratiquent comme des rites d’initiation à la féminité et à la fécondité, justifiés par l’entrée de la jeune fille ou de la femme à un groupe plus élevé. La transmission d’un savoir propre à la société lui confère ainsi un statut de mère, épouse, responsable de la pérennisation de sa famille.

L’excision serait aussi un moyen de contrôler la sexualité féminine par la maitrise de ses pulsions sexuelles, afin que les hommes puissent garder leur main mise sur les victimes considérées comme leurs propriétés. Pour d’autres communautés, le clitoris est comme un organe encombrant, inutile et gênant pour l’homme lors des rapports sexuels.

Selon d’autres communautés, les MGF sont également un moyen de lutte contre la sorcellerie car les sorcières étant considérées comme ayant un long clitoris. L’excision permet ainsi de les détecter d’anéantir ou de réduire leur pouvoir maléfique.

Pour certaines communautés musulmanes, cette pratique s’appuie sur le coran et permet de purifier la femme et la jeune fille.

D’autres encore lui donnent une valeur sacrée au point ou elle est faite sur des femmes et des jeunes filles décédées.

Où et quand se pratiquent les mutilations génitales féminines?

Autrefois la pratique se faisait sur une place publique où étaient réunis tous les enfants du village de la même tranche d’âge ou appartenant à la même famille. Aujourd’hui, elle s’opère aux alentours des cases d’habitation ou à l’intérieur d’une concession. Un coin de la cour est aménagé pour la circonstance. Les fillettes d’une classe d’âge ou d’une même famille peuvent être regroupées pour une séance.

Parfois, elle est effectuée à une certaine période de l’année, lorsque le temps est clément et tous les jours de la semaine, à l’exception du vendredi afin d’éviter, une malédiction à la victime selon les Arabes Shoa de l’Extrême- Nord.

Quelle est la dimension socioculturelle des mutilations génitales féminines ?

Les mutilations génitales féminines, sont donc des formes de violences qui consistent en l’ablation de certaines parties de l’appareil génital féminin, pour des raisons non médicales. Ce sont des formes de violences admises par la communauté société concernée toute entière car les membres des familles appartenant aux à des communautés ou sont pratiquées les MGF, considèrent qu’ils « font socialement du bien » à la victime. Elles privent la victime d’une partie de son corps et de la maitrise de sa sexualité et sont considérées comme un moyen de préservation de la dignité de la jeune fille jusqu’au mariage.

Cette pratique est encadrée à la fois par les parents qui assurent la préparation matérielle du rite, le suivi et la protection mystique de la victime après l’opération, et la communauté qui la considère comme une obligation. Les mutilations génitales féminines traduisent les valeurs culturelles auxquelles les membres des sociétés ou elles ont cours sont profondément attachés.

Quelles sont les conséquences liées aux mutilations génitales féminines ?

Les mutilations génitales féminines ont des conséquences néfastes pour la santé physique, mentale et psychologique de la femme et de la jeune fille. Ce qui a une incidence sur leur épanouissement, leur productivité et leur développement.

Les conséquences physiques et médicales

Selon les spécialistes, ces conséquences dépendent du type et de la gravité des mutilations pratiqués entrainant des complications immédiates et/ou durables :

Les complications immédiates

  • La douleur atroce, les chocs, la rétention d’urine aigue, les lésions des tissus adjacents l’opération se faisant sans anesthésie et dans des conditions d’hygiène laissant désirer ;
  • Des risques de maladies à transmission sanguine telles que les hépatites, les IST/ VIH/SIDA, à cause de l’utilisation des outils tranchants ainsi que d’autres infections provoquant la fièvre, le tétanos, la septicémie prolongeant la guérison des plaies ou dans certains cas entrainant la mort ;
  • Des hémorragies pouvant entrainer la mort ;
  • Des risques d’apparition de la gangrène.
    etc.

Les complications durables :

  • La miction difficile ;
  • L’infection récurrente des voies urinaires ;
  • La dysménorrhée (règles douloureuses) ;
  • Le neurone clitoridien ;
  • La dyspareunie (rapports sexuels douloureux) ;
  • Le dysfonctionnement sexuel ;
  • Le risque de maladies à transfusion sanguine comme l’hépatite B, les IST/VIH et SIDA liées à la fréquence des déchirures et des sutures au cours des accouchements et des lésions durant les rapports sexuels (infections pelviennes chroniques et aux leucorrhées, de l’infécondité, des fistules vésico vaginales, des fistules recto vaginales, des kystes dermoides et des abcès de la vulve, de travail prolongé et de la dystocie, des chéloïdes).

Conséquences psychologiques et sociales

Au plan psychologique, les MGF sont une violation des droits humains qui entrainent chez la victime un sentiment de castration et d’infériorité vis-à-vis de l’homme. Un mécanisme de refoulement et de frustration est ainsi développé, freinant son épanouissement comme être humain à part entière dans la société.

Conséquences économiques et politiques

Les MGF ont une incidence sur la productivité et le rendement de la victime en ce sens que ses complications empêchent la victime de contribuer de façon optimale au développement de sa communauté. Elles sont par ailleurs, une source de revenus pour ceux qui la pratiquent car la rémunération de cette activité peut être considérée come une forme d’exploitation malgré le fait que pour certaines familles, il s’agit de cadeaux en espèces ou en nature pour services rendus.

Que fait le Gouvernement du Cameroun pour éradiquer ce phénomène ?

En cohérence avec les orientations politiques internationales et régionales de promotion et de protection des droits de la femme, le Cameroun tout en renforçant son cadre institutionnel et législatif, s’appuie sur les documents de planification à l’échelle nationale qui traduisent les très hautes prescriptions du Chef de l’Etat, ainsi que sa vision du développement à l’Horizon 2035.

Dans le cadre d’une approche multisectorielle holistique et participative de la lutte contre les mutilations génitales féminines, le Gouvernement du Cameroun, appuyé par les partenaires au développement et la société civile, mène plusieurs actions correspondant aux axes d’intervention ci-après :

  • Plaidoyer pour une législation contre les violences et les discriminations fondées sur le sexe ;
  • Etudes et recherches sur les MGF ;
  • Elaboration des modules adaptés d’IEC en santé de reproduction;
  • Organisation de rencontres de renforcement des capacités en direction des parties prenantes (autorités religieuses et traditionnelles, points focaux, personnel médical, accoucheuses traditionnelles, exciseuses, parents, victimes potentielles, communautés) ;
  • Développement du partenariat avec les acteurs bi et multilatéraux et la société civile;
  • Prise en charge psychosociale des accoucheuses traditionnelles et exciseuses à travers le développement des activités génératrices de revenus ;
  • Prise en charge psychosociale et médicale des victimes notamment la prise en charge médicale des complications ;
  • La commémoration le 08 février de chaque année, en communion avec la communauté internationale, de la journée Tolérance zéro de lutte contre les mutilations génitales féminines.

Sources :
ONU Femmes et Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille.

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Objectif 5 : Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles