Les sages-femmes

Une ressource rare au Cameroun : 1 sur 152.671 habitants

Parmi les facteurs à l’origine des chiffres élevés de la mortalité maternelle et infantile au Cameroun figure la faible proportion de naissances assistées par un personnel de santé qualifié. En effet, si les besoins en ressources humaines santé affectent l’ensemble du système de santé, force est de noter que les disparités sont encore plus marquées lorsqu’on effectue une comparaison entre les Régions d’une part, et entre les localités urbaines et rurales d’autre part.

Par ailleurs, certaines catégories spécifiques sont encore plus déficitaires que d’autres. C’est le cas des professionnels à compétence obstétricale, que ce soit du niveau médical (médecins gynécologues) ou médico- sanitaire (sages- femmes et assimilés). A titre d’illustration, l’effectif actif dénombré au cours du recensement général des personnels du secteur de la santé de 2011 était évalué à 131 sages-femmes / maïeuticiens au total pour 20 millions d’habitants, contre de 1 sage-femme / maïeuticiens pour 5000 habitants utilisé l’indicateur de disponibilité minimale par l’OMS.

Que faire ?

Pour répondre efficacement aux défis de la mortalité maternelle et infantile, le Ministère de la Santé Publique a procédé à la réouverture de la filière de sages-femmes en 2011. En effet, la sage-femme est considérée comme un acteur clé dans l’amélioration de santé maternelle et infantile au regard de son rôle consistant à offrir à chaque femme un accompagnement éclairé pour la planification familiale, la grossesse, l’accouchement, les suites de couches et le suivi du nouveau-né. Dans ce nouveau contexte, un profil métier spécifique a été défini à la sage- femme à travers le curriculum de formation élaboré en 2013 par le MINSANTE.

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La création des 10 écoles sages-femmes marque une évolution décisive vers la résorption progressive du déficit quantitatif. Toutefois, au vu de la situation actuelle des 10 écoles sages-femmes fonctionnelles sous tutelle du MINSANTE, le volet qualitatif de la formation et l’insertion professionnelle des SFM suscitent diverses préoccupations relatives à :

  • L'insuffisance d’enseignants et d’encadreurs cliniques qualifiés
  • La disponibilité limitée des ressources (infrastructurelles, financières, pédagogiques, équipements…) dans les écoles sages-femmes
  • L’harmonisation non effective des curricula entre le MINSANTE et le MINESUP
  • La disparité des profils et des certifications de la formation due à la diversité des tutelles des écoles sages-femmes
  • La gestion des défis inhérents à l’arrimage au LMD
  • La valorisation et l’insertion socio- professionnelle peu optimales des SFM.

Champ d’action professionnel d’une sage-femme

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La formation dispensée à la
sage-femme est destinée à
en faire une professionnelle responsable et redevable de
ses actes.
A ce titre :

  • Elle travaille en partenariat avec les femmes, en lien avec les organisations communautaires le cas échéant
  • Elle prodigue le soutien, les soins et les conseils nécessaires pendant la grossesse, l’accouchement et la période post-partum
  • Elle réalise les accouchements dont elle est entièrement responsable
  • Elle fournit des soins au nouveau-né, au nourrisson et au jeune enfant jusqu’à deux ans.

Les soins à assurer dans une formation sanitaire ou en communauté par la sage- femme comprennent aussi des mesures préventives :

  • La planification familiale
  • La consultation prénatale recentrée y inclus la PTME, la prévention et le diagnostic des complications chez la mère et l’enfant
  • La consultation post-natale
  • Le recours à l'assistance médicale en cas de besoin (référence/contre-référence)
  • L'exécution de certains soins obstétricaux et néonatals d'urgence (SONU) en l'absence ou en appui d'un médecin
  • Les soins relatifs aux maladies comme le VIH/sida, aux cancers gynécologiques…

La prise en compte de la catégorie socio-professionnelle de sage-femme a été esquissée en termes de catégorisation et d’évolution à travers l’ancienneté et des mécanismes d’acquisition de compétences complémentaires.

Quelques repères historiques sur la compétence de
sage-femme au Cameroun : Un profil professionnel en mutations…

La compétence de sage-femme se caractérise par la diversité de profils qui l’a marquée au fil des années. La variété des niveaux d’admission aux cycles de formation y relatifs évoque celle des contenus pédagogiques et par conséquent la disparité des grades d’une option à l’autre.

Des sages-femmes…
La formation de sages-semmes a été ouverte pour la 1ère fois au Cameroun en 1973. Il s’agissait d’un cycle de 02 ans comportant un stage de 06 mois. Le Brevet d’Etudes du Premier Cycle constituait diplôme d’admission à cette filière dont la 1ère cuvée, nantie du diplôme de sage-femme, date de 1975. En 1987, cette formation est suspendue au profit de celle des accoucheurs.

Aux infirmiers brevetés accoucheurs…
La filière des accoucheurs, d’une durée de 02 ans, est accessible aux aides-soignants ou aux titulaires du BEPC et donne droit au grade d’Infirmier Breveté Accoucheur (IBA). Les IBA étaient formés à l’école nationale des infirmiers de Yaoundé et à l’école des infirmiers de Bamenda. La formation a été interrompue en 2002.

Des infirmiers spécialisés en santé de reproduction…
De 2006 à 2009, la formation des infirmiers spécialisés en santé de reproduction (ISSR) est introduite pour les professionnels de santé titulaires d’un diplôme d’Infirmier Diplômé d’Etat (IDE). La filière sera suspendue au bout de 03 ans avec l’introduction du cycle des Infirmiers Diplômés d’Etat Accoucheurs (IDEA).

Aux infirmiers diplômés d’Etat accoucheurs…
Tout comme les infirmiers spécialisés en santé de reproduction, la formation des IDEA s’adressait aux prestataires titulaires du diplôme d’Infirmier Diplômé d’Etat. Une seule promotion sera issue de cette formation d’IDEA finalement interrompue en 2011 avec la ré-ouverture des écoles de sages-femmes.

Pour l’essentiel et pendant une longue période, ce sont des infirmiers brevetés accoucheurs (IBA), des infirmiers spécialisés en santé de la reproduction (ISSR), et des Infirmiers Diplômés d’Etat Accoucheurs (IDEA) qui pratiquaient la compétence de sages-femmes au Cameroun. En dehors de la 1ère cuvée locale de 1975, les sages-femmes en service dans les formations sanitaires venaient de l’étranger et avaient été intégrées dans le corps des infirmiers.

Et finalement, à nouveau, des sages-femmes…

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Flyer à télécharger :  Projet d’Appui à la Santé de la Reproduction (giz) Composante Appui aux Écoles de Sages-Femmes


Source des informations :

  • MINSANTE/DRH, Profil Pays des RHS au Cameroun, 2010.
  • DRH/ MINSANTE, Actes du symposium national sur les RHS au Cameroun, 2011.
  • Même source que 2.
  • Le Décret de 2001/145 du 03 juillet 2001 du Président de la République du Cameroun portant Statut particulier des fonctionnaires des corps de la santé distingue 08 principaux corps : médecins, pharmaciens, chirurgiens- dentistes, génie sanitaire, techniques médico- sanitaires, techniques biomédicales, administration de la santé publique.

Source des informations historiques :
Les informations sur l’histoire basent sur un cours de formation des sages-femmes à l’École des Sciences de la Santé de l’Université Catholique d’Afrique Centrale suivi en 2011.

Auteurs :
Achille Christian BELA – Expert National 
Mabou Djuissi, Cynthia Maelle – Sage-Femme et Stagiaire

Appui aux Ecoles de Formation de Sages-Femmes.
GIZ/ Projet d’Appui à la Santé de la Reproduction II (PASaR II).